C'est en mai 1984 que je fais mes premières chutes sur un tapis de lutte. Vous vous posez alors sûrement la question suivante : Mais pourquoi une gamine de sept ans et demi a commencé ce sport ?
Et je vous répondrai que c'est mon oncle qui fût à l'origine de mon inscription à un club de lutte.
Ancien lutteur, il a voulu reprendre l'activité après une interruption de près de vingt ans dans son club d'origine, l'Olympique Lutteur Club de Wimille (Pas-de-Calais).
Tout naturellement, il nous a proposé, à mon frère et à moi, de venir essayer ce sport.
Je n'ai jamais eu d'à priori sur aucun sport, j'ai donc accepté. En revanche, ma seule angoisse était de rencontrer des personnes, en effet, à cette époque j'étais plus que réservée!
En septembre 1984, mon oncle, Monsieur Jean Claude Deledicque, fonda son propre club à Le Porteur.
Jusqu'en juin 1989, je restais dans ce club.
Je garde, de cette période, le souvenir d’entraînements rigoureux et aussi de moments fabuleux surtout lors de nos déplacements, une ambiance de feu.
Déjà le stress de la compétition, cette peur au ventre et cette peur de décevoir les autres. J'ai mis longtemps à prendre conscience que le stress faisait partie de la compétition et qu'il doit être à côté de moi et non contre moi.
A partir de 1989, je m'inscris au club de mon père. Eh oui, lui aussi a repris goût à ce sport, et à force de m'accompagner aux séances, il s'est pris au jeu et a créé le Club des Jeunes d'Ambleteuse (Pas-de-Calais) en 1987.
Sur le plan de ma carrière, les choses sérieuses commencent. En 1989, c'est ma première participation au championnat de France et à divers tournois en Europe (principalement en Belgique et au Pays Bas) avec mon club. Au cours de ces années, j’enchaîne les titres nationaux et les victoires dans les
compétitions (lire Mon Palmarès).
L'année 1993 a été le tournant de ma carrière internationale. J'entre au C.R.E.P.S. de Wattignies et je passe de trois, puis à cinq, puis à sept entraînements par semaine et je me qualifie pour mes premiers championnats du monde junior en Autriche (à GÖtzis) où à ma grande surprise, je suis championne du monde !
En 1995, je rentre dans la cour des grandes en participant aux championnats du monde senior. J'y remporte mon premier titre senior.
1997, autre année, autres événements: tout d'abord, le championnat d'Europe en Pologne où je me classe troisième et là sur le podium j'ai la conviction et le pressentiment que je prendrai la première place aux championnats du monde.
Et ce n'est pas sans mal que je suis sacrée championne du monde en France à Clermont-Ferrand. Quelle fierté de terminer première dans son pays devant ses amis, sa famille! Entendre la Marseillaise, quel bonheur !
En 1999, j'obtiens mon premier titre européen, à Götzis une nouvelle fois, en Autriche.
Entre temps, je suis embauchée en tant qu'auxiliaire de puériculture à la Maison de la Petite Enfance, structure dans laquelle je travaille encore actuellement.
Désormais, je dois jongler entre mes horaires de travail et mes horaires d’entraînement.
Mais mon esprit est serein et libre : je n’ai plus besoin de me poser des questions sur mon devenir professionnel.
1999, 2000, 2001, 2002, 2003 résument ma consécration européenne. Je ne perds qu’une seule fois en cinq finales.
Les championnats d’Europe resteront pour moi un temps fort dans ma carrière puisque sur neuf années, j’obtiens sept médailles. Donc, je peux penser qu’à cette période de l’année, j’étais en forme !
En revanche, je galère un peu aux divers championnats du monde depuis mon dernier titre en 97. Seule une place de vice championne du monde en Grèce en 2002 venait quelque peu refléter le travail que j’effectuais durant les entraînements tout au long de l’année.
En 2001, je participe aux Jeux Méditerranéens en Tunisie.
Formidable expérience !
C’est un avant goût des Jeux Olympiques, dit-on. Bien sûr l’enjeu est largement moins important. C’est lors de cette compétition que j’ai pu découvrir l’esprit Olympique au sens large du terme :
- avec un véritable esprit d’équipe de France
- ma 1ère cérémonie de clôture
- un village uniquement composé d’athlète (village olympique en miniature)
Je voudrais aussi vous parler du travail fait en commun avec mon préparateur mental, Yves Riedrich. C’est un homme qui m’a ouvert beaucoup de portes sur le plan mental et sur l’approche de la compétition. Je peux dire aujourd’hui que je vis les compétitions de mieux en mieux.
Pour la saison 2002-2003, l’objectif des JO était déjà présent dans ma tête. Obligatoirement, je savais que l’année d’après, il ne fallait pas se louper.
Ces JO, nous (l’équipe de France féminine et moi) les attendions tellement depuis longtemps, je me disais que cela serait idiot de les regarder à la télé plutôt que d’y participer !
L’aventure olympique démarre plutôt mal puisque je ratais mes premières sélections aux championnats du monde à New York en septembre 2003.
En fait, le tirage au sort n’a pas joué en ma faveur, je tombais dans la poule de la japonaise championne du monde en titre. Et comme l’élimination est directe, je me retrouvais classée 16ème. Ma déception fût énorme, traumatisante au point de vouloir mettre un terme à ma carrière.
Pour moi, le travail n’avait pas payé et tout cela se résumait simplement à un tirage au sort à la malchance. Bien sûr, la japonaise était plus forte que moi mais je pensais que ma place n’était pas à la seizième.
Deux mois après mon échec, je reçus un appel du Président de Fédération de Lutte, M. Michel Brun, qui a eu écho de mon projet d’arrêter.
Il me dit qu’il ne fallait pas renoncer maintenant et que le meilleur restait à venir, qu’il y croyait plus que jamais. Aussi ajouta-t-il : « la lutte est une famille, nous sommes présents dans les mauvais moments comme aujourd’hui mais nous serons là aussi dans les moments de joie en août prochain aux JO. »
Cet appel téléphonique fût un déclic. J’ai repris les entraînements immédiatement.
Une nouvelle stratégie est adoptée puisque j’intègre l’INSEP (Institut National du Sport et de l’Education Physique) à Vincennes pour pouvoir m’entraîner deux fois par jour, avoir plus de partenaires aussi.
Les deux tournois de qualifications étaient en mars. Le travail a été de longue haleine et sans relâche de décembre 2002 à mars 2003. Il ne me restait plus que deux chances pour participer aux JO.
Ces qualifications et le mélange à la fois du désir de réussir et de la peur de l’échec, de décevoir m’obsédaient. Il n’y avait pas une seconde à perdre.
C’est au dernier tournoi que j’arracha ma sélection : OUF !
Enfin, le premier objectif était atteint mais il ne fallait pas s’arrêter là ! Il ne s’agissait que du premier cap maintenant place aux JO.
Aujourd’hui, l’objectif est atteint puisque j’ai décroché la médaille de bronze le 23 août à Athènes. Pour moi, cette médaille vaut de l’or. A chaque fois que je la regarde, le film de ma carrière défile, parce que des centaines de personnes ont contribué à ma victoire et je serai toujours reconnaissante auprès de toutes celles qui ont cru en moi.
Cela vaut vraiment le coup d’être vécu et je reste persuadée que d’une manière ou d’une autre le travail paye…
Alors pourquoi pas en décrocher une autre à Pékin ?